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Toone

C'est un petit estaminet, à quelques pas de la Grande Place à Bruxelles. Plutôt un théâtre de marionnettes, en fait. Mais moi, je n'en ai vu que la cantine. Des tables en bois qui craque, des serveurs qui slaloment entre les chaises disparates. Je suis seule dans la capitale, et comme je divague depuis quelques heures, je commence à sentir que la faim se manifeste. Je m'installe et me laisse tenter par des tartines au fromage blanc, avec des radis et des oignons nouveaux. Allons-y ! Une planchette bruxelloise. Au serveur, qui dévisage ma solitude, je commande une bière et lui demande conseil. Blasé par la question qui doit lui être posée mille fois, il demande élégamment une précision :

LUI: Quoi comme genre de bière ?

(Si je le savais, aurais-je demandé conseil ?)

MOI: Une bière de femme ?

LUI: J'ai pas."

Il a de l'humour en plus !

Je me retrouve finalement avec mes grandes tranches de pain, mon fromage blanc et une Kriek. Je m'en contente avec joie, d'autant que je déguste par la même occasion une scène de séduction entre mes deux voisins. Comme c'est mignon, un couple qui ne se dévore pas encore. Que c'est attendrissant, cette tension entre eux, d'avant le premier toucher. Allez, restez comme ça ! Ne vous laissez pas emporter par la routine. Faites durer cette improbable attente. Et pourtant, ça se voit que tous les deux meurent d'envie de coller leur visage l'un contre l'autre. Et puis tout d'un coup, ce matou. Un gros chat vient se coller à moi, en attente de fromage tartiné sur un index nourrissier. Mais désolé, mon félin, moi, je ne suis pas de cette école-là, chacun son écuelle. Il me regarde. Je le regarde. Allez, une caresse. Ah non, ça ne lui plaît pas. Il veut manger, et rien d'autre.

Et puis cette dame, qui s'approche.

ELLE: Bonjour, je peux le toucher ?

MOI: Faites. On n'est pas vraiment venus ensemble, pour dire la vérité.

ELLE: Vous savez mademoiselle, ça fait 15 ans que je le connais ce chat, et que je viens chez Toone !, me dit-elle, comme si elle avait une prérogative sur mon compagnon poilu.

"Grand bien vous fasse", ai-je envie de dire. Mais je m'abstiens et continue à mâchonner mes tiges d'oignons, le regard dans le vague.

Le matou n'a rien eu, sauf, si évidemment, il a su profiter de mon départ avant la venue du serveur pour débarrasser. Nous avons partagé notre table, sous l'oeil attendri des clients. Alors que non, ce chat et moi, étions juste en concurrence pour la pitence qui ornait la table.

Et dans la cour intérieure qui me séparait encore de la rue, où les enseignes vantaient les meilleurs mets, par le biais de photos délavées, une poule. Elle devait bien connaître le chat, parce qu'elle avait l'air tout autant sympatique.

20 février 2013

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Bienvenue dans mon bac à scrabble.

Lili on the bridge a été un bureau de gestion de projets artistiques et culturels. Aujourd'hui, c'est un carnet de route et déroute.

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