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L'anatomie, impromptue, d'un piano

L'air pulsé par un chauffage de fortune bruisse et résonne dans l'Eglise des Jésuites, qui n'est, à dire vrai, plus une église. Muté en salle de concert, cet espace accueille habituellement les sons des guitares classiques, des violons ou des contrebasses. Et ce soir, ce n'est pas de la musique classique que la Trinité peinte dans la nef juge, mais une petite chanteuse pop. Anna Aaron est là, avec son chignon qui se balance au-dessus de ses épaules trop fraîchement vêtues. Un bouton noir ferme le col scapulaire vaporeux. Sa blancheur coiffe une robe nuit.

L'impromptu éteint le chauffage, éteint le bruit parasite. Au fur et à mesure que les degrés descendent dans la salle de concert, ce showcase nous réchauffe l'âme. Il nous brûle les tripes, malgré l'écho, malgré le regard chargé d'un Dieu inquisiteur, juste au-dessus de la sylphide bâloise. Et de sa guitariste, qui elle fait face au public. Second rôle, première place. C'est elle qui nous fait face. Anna Aaron nous concède son dos. Car ses mains, son visage, elle les consacre à son piano. Aux touches noires et blanches saccadées, qui se confondent avec sa tunique.

Sa voix, douce mais soudain imposante, nous guide au travers de cette prestation à nulle autre pareille. Nous sentons tous que nous vivons un moment particulier, unique et universel. La musique, nous, Anna. Et les deux pommes.

Deux pommes oui, tiennent le couvercle du piano ouvert. Deux pommes vertes, des Granny Smith peut-être, laissent s'échapper ces notes parfois étouffées, parfois longues, d'une caisse en bois. La musique d'Anna Aaron prend alors une dimension très organique, où le bois, la pierre, la pomme deviennent des vecteurs de musicalité enchanteresse.

Et soudain, je réalise que je ne connais rien ou presque du piano. Comment appelle-t-on le corps du piano, ou encore ses cordes vocales ? Peut-on caresser un piano sans en connaître l'anatomie ?

C'est le moment précis, où j'ai arrêté de penser.

28 février 2012

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