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Les peurs qui nous font, et nous défont

Il y a des peurs viscérales, des peurs de l'enfance qui ne nous quittent jamais.

Il y a des peurs que l'on a jamais eues, que l'on découvre avec l'âge.

Les peurs de l'enfance fragilisent mais permettent de se forger, face à l'inconnu. Petite, je redoutais affreusement les insectes. Je hurlais devant une ridicule araignée. Je redoutais qu'une colonie de fourmis se soit établie dans mon lit. Le moindre cheveu qui se baladait sur mon corps créait un spasme de terreur : quelle bestiole s'est faufilée dans mon pull ? Mon père a toujours été là pour écraser les êtres dont le nombre de pattes dépassait l'entendement. Peu à peu, j'ai appris à maîtriser ces peurs. Je ne caresse pas les mygales, n'élève pas une colonie de mantes religieuses dans ma chambre, mais respecte cette vie minuscule, cette vie dont je ne comprenais rien et qui petit à petit est devenue une fascination respectueuse.

Petite, je ne redoutais pas les chiens, jusqu'au jour où ce molosse a foncé droit sur moi, heureusement violemment intercepté par la botte cloutée de mon père, vaillant défenseur de ses petites femmes. Depuis, je regarde les chiens avec méfiance, même les gentils toutous. Mon père ne marche pas tous les jours à mes côtés, avec des souliers à clous. Néanmoins, je contiens mes peurs.

Petite, j'étais terrifiée par les monstres. Non, pas les monstres des contes, les velus à cinq yeux. Non, pas ces monstres-là, que l'on décrit dans les cauchemars... Les monstres, je les croisais en chair et en os dans les rues de mon village, pendant le Carnaval d'Evolène... Des hommes, sous des peaux de bêtes, des hommes connus du quotidien, mais des hommes différents, sous leurs masques de bois. La panique, quand l'on est minuscule, de voir un être si grand, qui approche à grand bruit de sonnettes. Mon père a toujours été là. Ma main gantée d'Arlequin dans sa grande main sécurisante me faisait sentir que je ne risquais rien, malgré les tremblements.

Et j'ai grandi. Mon père a vieilli. Mais mon père est toujours une oasis sécurisante. Une terre d'accueil, où les peurs ne se décrivent plus en mots mais en regards. Et mon père, même s'il sait qu'il ne suffit plus d'écraser des araignées, d'envoyer valser des canidés ou de faire rempart face à un monstre masqué, est toujours là.

Aujourd'hui, je rencontre ces peurs que je n'ai jamais eues, ces peurs des choses abstraites. Ces craintes de l'absence, de l'avenir, de l'incertitude. Et face à ces peurs d'adultes, de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire le bon choix, de ne pas être à sa place, même si je ne les énonce pas, il les ressent. Et aujourd'hui, il me prend dans ses bras. L'instant est court. L'instant est intense. Je sais qu'il sera toujours là, même absent.

15 février 2011

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Carnet de route et déroute

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Bienvenue dans mon bac à scrabble.

Lili on the bridge a été un bureau de gestion de projets artistiques et culturels. Aujourd'hui, c'est un carnet de route et déroute.

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