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Noirs luminaires

Il y a dans mon quartier, de très belles maisons en bois, de jolis jardins dans lesquels des tas de feuilles mortes couvrent le sol qu'elles nourriront, le temps gestatif de l'hiver.

Il n'y a pas beaucoup d'habitants. La semaine, l'atmosphère s'égaie du son des cloches de quelques vaches qui broutent les derniers brins d'herbe et des feulements des chats qui se battent et se disputent des restes. Sinon, le silence de la neige qui pianote sur les pavés comme sur autant de touches d'un clavier atone. Sinon, le retentissement feutré de mes pas, le soir, quand je rentre du travail.

Il y a aussi Hélène et Jean-Michel, mes voisins, mais dont la discrétion n'a d'égale que leur permanence dans ces lieux. Ils font partie, en quelque sorte, du paysage. Leurs bonjours, leurs sourires se fondent parmi leurs longues heures à attendre que passe le temps, que passent quelques gens.

Et puis le week-end, tout s'anime. Les enfants rient, se poursuivent dans les ruelles serrées. Les chats sont chassés de leurs promontoires ou emprisonnés pour d'interminables caresses. On entend parler allemand, anglais, français, évidemment. Ils visitent le quartier comme on visite un musée d'histoire. Avec un certain respect, une distance, comme si cinquante ans séparaient cet endroit de la réalité. L'âge seul justifie la valeur patrimoniale. Je détone un peu, avec ma tunique et mes bottes. Ils auraient préféré croiser une femme en costume traditionnel, ils auraient préféré que je sois renfrognée, méfiante. Ils auraient ainsi pu gagner peu à peu ma confiance et se sentir appartenir au lieu, puisqu'acceptés par une femme farouche... Mon travail, mes études me rendent insipide en ces lieux... je leur rappelle leur quotidien.

Il y a, dans mon quartier, soudain beaucoup de gens qui s'approprient les lieux du vendredi au dimanche soir. Il y en a qui ne supportent pas l'idée que cet endroit, aussi préservé soit-il, connaisse quelques éclats de modernité. La petite rue pavée qui sillonne le vieux village a finalement été éclairée. Deux ou trois lampadaires rassurent la marche nocturne, quand après les premiers gels, l'on n'ose plus emprunter le chemin en voiture pour grimper jusqu'à la maison. Une lumière qui guide dans la nuit, une nuit qui envahit le quotidien, puisque l'automne puis l'hiver promettent des heures de plus en plus sombres. Des vacanciers, et d'après mes sources, plutôt des voisines assez âgées, ont trouvé déplacé cet investissement en luminosité dans un coin si reculé du monde. Un commando de touristes sénescentes et rebelles a appuyé son échelle contre les lampadaires et tout simplement... peint les vitrages des luminaires en noir.

Si la lueur tamisée rajoute un effet romantique à mes allées et venues, je reste convaincue qu'en ce bas monde, certaines personnes ont manqué leur carrière humoristique.

19 octobre 2010

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Bienvenue dans mon bac à scrabble.

Lili on the bridge a été un bureau de gestion de projets artistiques et culturels. Aujourd'hui, c'est un carnet de route et déroute.

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