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Petite leçon de féminité

Le maquillage, ça n'a jamais tellement été mon affaire. Un coup de crayon noir, du mascara noir, et l'affaire est dans le sac. Je ne me suis jamais doutée que l'art de se décorer le visage pouvait s'apparenter à une science. J'ai failli ne pas tout retenir.

Tout d'abord, je n'avais pas songé une minute ni me faire maquiller, ni même apprendre à le faire. Je considérais que les bases inculquées par ma Maman seraient suffisantes. Et vu que son crédo était "Chassez le naturel, il revient au galop", mes talents artistiques se résumaient à tracer une ligne sur mes yeux et pas de ligne du tout sur ma bouche. Et puis ma soeur a décidé de se marier. Je dois avouer qu'avant même que cela n'implique de changement dans mon apparence, cela a changé beaucoup de choses dans mon coeur et ma tête... mais ça, c'est une autre histoire, bien plus sérieuse.

Mon autre soeur a insisté pour que je fasse un effort pour le mariage... Le résultat d'une indignation lors de ses propres noces? Heureusement, je crois bien que non. Bref, rendez-vous est pris, ce sera l'affaire d'un quart d'heure. Mais rêve encore ma chère ! Un quart d'heure, c'est le temps de choisir les bonnes couleurs, de déterminer si mes cils sont plutôt fournis et recourbés, ou longs et droits, de savoir si j'ai des lèvres à gloss ou à rouge à lèvres, si le crayon blanc agrandirait mon regard ou si l'ombre à paupières bleu me donnerait un air de cocker dépressif.

Une fois la revue des couleurs et textures me correspondant faite, il est temps d'appliquer toute cette poussière.

Elle: Que souhaitez-vous mademoiselle ?

Moi: Euh... avoir l'air naturelle !

Je n'ai surtout pas envie de me retrouver avec trois tonnes de fard sur les joues et les yeux... J'aurais mieux fait de me taire, en sortant de là, j'avais l'air tellement naturelle, que l'on n'aurait jamais cru que je m'étais faite maquiller. Mais attention, avec une bonne couche de fond de teint... J'exagère un peu, parce que je n'ai pas le courage de m'appliquer autant que ma conseillère beauté du jour, mais j'avais un regard à faire tomber n'importe quel bellâtre...

Je ferme donc les yeux. C'est parti. Tout d'abord, le fond de teint. Moi qui n'ai jamais su à quoi servait les liquides et les poudres, j'en ai eu pour mon compte. Et vas-y que je t'étale un truc tout frais (et assez agréable en soi) sur les joues, le nez et le menton. Pouf pouf, du cache-bouton (euh, je n'ai plus quinze ans ! mais non, mademoiselle, tout le monde a des imperfections...) de l'anti-cernes, de la poudre de perles nacrées, du blush (un vrai bluff, pour moi qui pensait que seuls les clowns en mettaient !) et tout le toutim. Voilà, je suis toute rose, comme juste née. Elle me regarde "L'erreur, c'est de mettre du bleu sur des yeux bleus"... Bon, ça fait juste dix ans que je me maquille et dix ans également que ma seule alternative au noir, c'est le bleu. Dix ans de malheur esthétique derrière moi me laissent enfin une chance de connaître mon vrai potentiel de séduction aujourd'hui. C'est parti avec un estompeur, pour appliquer une couche claire jusqu'aux sourcils. Je ne peux pas m'empêcher de rire et d'envisager déjà le démaquillant dans ma tête, en imaginant une couleur franche appliquée jusqu'au front... Ensuite, plus foncée, soit disant, une autre couche, juste sur la paupière. Et pour finir, la fameuse "banane". Un petit angle dessiné avec une poudre plus foncée, au coin de l'oeil. J'ouvre mes mirettes... quel soulagement ! Je n'ai pas l'air de vouloir cacher quelque disgrâce que ce soit derrière un écran rose et brun... C'est mignon, c'est discret, et chapeau, très bien fait.

Elle: Des yeux taupes mademoiselle ?

Moi: Oui, je suis très myope...

Elle: Euh... non, je parle de la couleur du trait...

Moi: Ah... hem... plutôt biche

Elle: Pardon ?

Moi: Non, non... Ben, taupe, c'est quoi comme couleur ?"

Elle lève les yeux au ciel... Je crois que c'est mon ignorance qui l'accable depuis le début de la séance. Elle me sort une armada de crayons, avec un brun-gris.

Elle: C'est celui-là, le taupe. Le noir vous donnera un regard trop dur. Je mets du blanc à l'intérieur de l'oeil, pour agrandir et mouiller votre regard...

Moi: Mouiller mon regard ? Vous savez, je pense que je vais assez pleurer comme ça au mariage...

Elle (agacée): Bon, regardez en haut.

Aaaaah ! Je me dis intérieurement, quand elle commence à dessiner à l'intérieur de ma cornée... Quand elle me tend le miroir, c'est très joli, une fois de plus. La torture rend belle, c'est définitif. Un coup de mascara et j'ai l'air d'une dame. Elle pare encore ma petite (c'est elle qui l'a dit) bouche d'un rouge chocolaté (miam... mais non, pas le goût de cacao). Quand elle termine, je n'ose plus ni éternuer ni toucher mon visage. J'ai l'impression d'avoir un masque. Pourtant, dans le miroir, tout semble terriblement normal et naturel. Juste "sublimé" comme le souligne la maquilleuse. C'est vrai, c'est pas mal... Par curiosité, je regarde tous les pinceaux, crayons, estompeurs, mousses et autres produits qu'elle m'a appliqué sur le visage et constate qu'il me faudrait investir le salaire d'une journée pour entretenir le côté sublime de mon apparence au quotidien. Je réfléchis et me dis que ça tiendrait bien cinq ou six ans ces produits. La vendeuse se penche et me dit "Vous auriez avantage, avec un maquillage léger, vous en avez pour trois ou quatre mois ! " Pardon ?

Tant pis, on m'aimera au naturel, ou on ne m'aimera pas... Il paraît que le naturel, au galop, ça court très vite !

4 octobre 2010

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Bienvenue dans mon bac à scrabble.

Lili on the bridge a été un bureau de gestion de projets artistiques et culturels. Aujourd'hui, c'est un carnet de route et déroute.

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