Logo

 

News

Sauve ta langue

Sauve ta langue. La langue, c’est vital. Un organe, un concept, à la fois physique et psychologique. Un lien entre le dedans et le dehors. Entre ce que je ressens et ce que je partage avec l’autre.

Sauve ta langue, Marlène. Vite. Oui, mais ma langue, je ne peux pas la mettre dans la bouche de n’importe qui. C’est comme ça. Une langue, ça ne se partage pas n’importe comment, c’est trop intime. Beaucoup trop intime.

Le patois, c’est l’une de ces parts d’intime que j’ai en moi. Ce sont mes premiers mots. Ceux qui m’ont permis de dire à ma mère que je l’aimais. Une première fois et puis la dernière. Et tant de fois, intensément, entre les deux. Le patois accompagne ainsi mes émerveillements, mes trouilles les plus bleues et mes rêves parfois. Mais aujourd’hui, quand on me dit que c’est merveilleux, Marlène, de parler cette langue, qu’il faut la sauvegarder, je me dis en moi-même que c’est aussi condescendant que de féliciter une vieille dame qui fait de la gym à 80 ans, de se maintenir en forme. Tout le monde le sait, et la vieille dame tout aussi bien, que malgré tous ses efforts, elle finira par mourir. Et il n’y a rien de triste à ce que la vieille dame meure. C’est dans l’ordre des choses. Et cela ne doit pas l’empêcher de faire de la gym. Parce que la gym la rend heureuse, parce que la gym la fait se sentir vivante. Même si tout ce qu’elle fait, au fond, n’a aucun impact sur le monde, c’est important pour elle. Il en va de même de ma vision du patois. Tant qu’il y aura autour de moi des personnes avec qui le parler, je le parlerai. Sans revendication et sans nostalgie. Juste avec le désir de communiquer mes messages, mes colères, mes fous rires, avec ces sons-là et aucun autre. Et quand ces sons disparaîtront, ils laisseront la place à d’autres sons. Tout comme les tapis de gym pourront accueillir de nouvelles petites vieilles, qui se maintiendront, elles aussi, jusqu’à leur dernier souffle, avec volonté et sans artifice.

Le patois est ma famille, mon berceau. C’est la matrice de mes sens, de mes signifiants, de mes champs lexicaux, de mes incompréhensions et de tous mes malentendus. Et de cette matrice, j’ai pu apprendre d’autres langues, comparer, prendre conscience des étendues infinies qu’il me restait à envisager.

Puis un jour, je suis tombée en amour pour la langue française. Non par infidélité. Juste par goût pour la liberté. On ne pourra jamais me mettre dans l’embarras d’un choix entre l’un et l’autre, comme si l’on me demandait ma préférence entre mon père ou ma mère. Non, jamais. La langue française, c’est mon grand amour, les ailes que je peux donner à mes idées. Elle permet à l’abstraction de devenir concevable, à toutes les nuances de mes émotions de prendre corps. Je sors de la matrice et je peux enfin explorer ce que mon idiome ne pourra jamais m’offrir. La sensualité du mot, la liberté de la métaphore. Je sais d’où viennent mes mots et je sais surtout où ils peuvent aller.

Je préfère garder de ma langue la poésie de l’absence de toute forme de règle, si ce n’est celle, absolue, de l’exception.

Liste des chroniques


10 novembre 2015

Carnet de route et déroute

News_box

Bienvenue dans mon bac à scrabble.

Lili on the bridge a été un bureau de gestion de projets artistiques et culturels. Aujourd'hui, c'est un carnet de route et déroute.

Simplement.